Shabnam Anvar : il y a (beaucoup) plus de solutions que de problèmes

J’ai rencontré Shabnam Anvar , la première fois sur Maison et Objet. Elle était venue me voir sur mon stand pour me faire partager sa passion du recyclage, de l’être humain et des solutions de demain qui sont déjà entre nos mains aujourd’hui.

Nous nous suivions mutuellement sur nos réseaux communs et puis elle m’a parrainée sur une réunion à Paris pour rencontrer des acteurs du changement de monde de Demain. Cette soirée a eu lieu le 11 Juin 2013 et j’ai même rencontré d’autres personnalités qui avaient mon « admiration »

Christophe Chenebault, Anne Ghesquières, Cyril Dion, Isabelle Delannoy, … je ne pourrais tous les citer.

Nous sommes régulièrement en contact avec Shabnam et nos situations géographiques respectives font que nous nous voyons peu mais je ne perds pas espoir de mettre en place des événements avec Shabnam dans un avenir proche.

Vous aurez compris que Shabnam a mon respect et mon admiration pour ses engagements sans failles. Le monde de demain, elle le vit et le construit aujourd’hui.  « Une tisseuse de fils d’or » est vraiment un qualificatif qui lui va. Je l’ai toujours vu souriante, avec un regard plein de sollicitude sur les gens qu’elle croise et c’est une qualité rare aujourd’hui. Elle a accepté que je l’interroge afin que je partage avec vous.

 

shabnam anvar de Stefano Borghi.jpgPortrait de Shabnam Anvar par Stefano Borghi

 

Lisez vous serez conquis comme moi :

 

 Pourrais-tu nous faire une description de ton parcours?

 D’origine française et iranienne, je suis de cultures américaine et française. Je me suis imprégnée de l’environnementalisme aux Etats-Unis au début des années 80. J’ai fait des études de droit des affaires et de l’environnement pour acquérir le langage et les outils du monde des affaires tout en faisant mes stages chez PlaNet Finance, Alter Eco, et les Inrocks… Je suis rentrée dans une grande multinationale dès que j’ai pu pensant pouvoir changer les choses de l’intérieur. A 23 ans, c’était une utopie, mais très formateur.

 

J’ai rapidement changé de direction pour me rendre utile lorsque j’ai rencontré en 2002 deux agriculteurs qui m’expliquaient ne pas pouvoir échanger des semences. Spécialisée en libre circulation des marchandises, leur affirmation me paraissait incohérente. Mais en creusant le sujet, j’ai décortiqué un système qui ressemble à celui de la mise sur le marché des médicaments appliqué au vivant. Mon doctorat est en en libre accès pour aider tous ceux qui travaillent sur ce sujet.

 Depuis j’ai été directrice de deux organisations et aujourd’hui je travaille à mon compte avec mes différentes casquettes (spécialiste de la réglementation des semences, facilitatrice en intelligence collective, et passionnée des questions de gaspillage).

 

Je te connais car nous avons une passion commune qui est le recyclage, l’upcycling, l’économie circulaire. Pourrais-je te demander pourquoi cette passion et quelle en a été la genèse?

 Deux dictons m’accompagnent depuis longtemps :

  • Waste is only waste if you waste it : Un déchet n’est du gaspillage que si tu le gaspilles
  • Waste not want not : si tu ne gaspilles pas, tu ne seras pas dans le besoin

 Ayant grandi dans de très grandes villes (New York, Bangkok et Paris), entre un monde de nantis et un monde de besoins de subsistance, je suis très sensible aux disparités et au gaspillage des ressources. Depuis très très jeune, je limite ma consommation de ressources, je réutilise et je transforme. Je suis une boîte à idées ambulante pour trouver des alternatives au gaspillage. Sorte de don que j’ai développé au cours des années et qui m’anime.

Depuis 2007, j’ai commencé à partager toutes les idées positives et astuces pour réduire le gaspillage, principalement pour m’aider à classer la profusion d’idées et les partager avec ma sœur qui habite de l’autre côté de l’Atlantique (Ripe Green Ideas). De là, j’ai continué à créer des blogs dédiés à des thématiques plus spécifiques, en lien avec le gaspillage, et qui me tenaient à cœur :

 Aujourd’hui, j’allie ma passion à ma vie professionnelle. J’accompagne les organisations et initiatives que se focalisent sur la réduction des gaspillages : gaspillage de ressources, de déchets, mais aussi de temps et de potentiels humains, afin de réintégrer du sens et du respect dans notre relation à ces quatre éléments. J’ai recours notamment aux méthodes d’intelligence collective de groupes multipartites pour que ces groupes, eux-mêmes, identifient leurs problématiques ensemble, et co-créent les solutions pour y répondre, en prenant conscience individuellement et collectivement à travers ce parcours, de leurs responsabilités et de leur capacité à agir.

 

Dans les acteurs d’aujourd’hui de l’économie circulaire quels sont les projets que tu voudrais mettre en avant?

 Je vais aller à contre-courant de notre milieu qui prône l’économie circulaire dans toutes les conférences comme LA solution. L’économie circulaire est une belle idée et pratique : mais elle est difficilement accessible. C’est le somment de la montagne. Or, pour emmener le plus grande nombre avec nous, il nous faut d’abord commencer par gravir les pentes, comprendre quelles sont les sources de gaspillage et de déchets qui composent cette montagne.

 Je vous invite donc à vous mettre en jambe en découvrant la démarche Zero Waste (zéro déchet et zéro gaspillage) accessible à tous, abordable, et techniquement plus simple que l’économie circulaire : il y a l’incroyable équipe de Zero Waste France (ex-CNIID) ; Disco Soupe et son énergie infinie mise au service de la lutte contre le gaspillage alimentaire, les Repair Cafés, Commentreparer.com et l’infatigable Damien Ravé, …la liste est longue, et au fur et à mesure que je les rencontre, je les connecte dans un réseau que j’ai appelé Re-Solutions, où Marron Rouge participe depuis les débuts.. !

 

Sebastien Ravut t’a citée dans son interview et a dit à ton propos :  « tisseuse de fils d’or entre les gens ». Moi je suis assez d’accord mais toi tu en penses quoi?

Ça me touche toujours quand Sébastien le dit. C’est un travail invisible que je fais, mais si important à mes yeux. Je tisse car j’aime connecter de belles personnes, projets et initiatives, et ce sans jamais demander quoi que ce soit en retour. C’est ma manière de contribuer à la transition. J’ai une conviction personnelle qui est plus je contribue à tisser le réseau d’acteurs positifs, plus je contribue à tisser un filet invisible et indispensable qui permet de rattraper et d’aider chaque acteur à rebondir lorsqu’il trébuche. Nous trébuchons tous, car ce que nous faisons pour apporter des changements positifs est difficile. Mais c’est bien moins douloureux quand il y a ce filet solidaire qui nous relance pour retrouver notre élan. 

 SHABNAM- MARIE GABRIELLE FAVEPhoto de de Marie-Gabrielle Favé

 

Tu animes un certain nombre de conférences, et plutôt bien (à ce qu’on m’a dit). D‘où te vient ce désir d’animer?

 En toute honnêteté, je n’aime pas parler en public, et préfère travailler de manière très discrète. Mais à un moment, j’ai eu un certain ras-le-bol des conférences des « experts » sur l’estrade parlant à un public de thématiques qui ne laissaient pas la place à l’espoir et aux solutions qui existent. Vu que je suis une enthousiaste par nature et une connecteuse, je profite aujourd’hui des conférences qu’on me demande d’animer pour changer le format et faciliter des sessions où chacun peut être partie prenante. Je cherche aussi à connecter le public à des personnes et projets inspirants qu’il faut soutenir, tout en communiquant une envie contagieuse d’agir.

 SHABNAM ANVAR - UCKA IIOLOPhoto de Ucka llolo

 

 

Comment imagines-tu  ou rêves tu le monde de demain?

 Je rêve qu’il soit dans le respect de notre terre, de l’autre et de soi-même au service d’aventures qui nous font humainement grandir (comme mon couple !).

 

Autres portraits coups de coeur :  Catherine Dauriac, Morgan Martinez, Sébastien Ravut

4 commentaires sur “Shabnam Anvar : il y a (beaucoup) plus de solutions que de problèmes”

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