Jeudi de la mode éthique : Nicolas Klein

Aujourd’hui pour ce jeudi, honneur aux hommes. Les jeudis de la mode éthique ont fait jusqu’à présent une large place aux femmes et je voudrais aussi démontrer que l’intérêt pour la mode éthique n’est pas qu’une préoccupation féminine.

 

Nicolas Klein, a accepté mon invitation et de nous donner son avis très avisé sur la mode éthique.

 

Qui est Nicolas Klein ?

Nicolas était un habitant de Marseille qui a émigré vers Strasbourg, et pas le contraire (ah il doit y avoir une histoire de  fille là…). Il a commencé sa carrière en tant qu’assistant de direction dans un magazine du Sud de la France orienté mode/culture/déco/chic/luxe. En 1996, il découvre Internet et s’investit dans ce nouveau média. Il rejoint une agence web en 1999 à Strasbourg en tant que graphiste/webmaster et y passe 8 années en tant que Directeur de Création. Les horaires infernaux et l’intérêt grandissant pour le développement durable lui font quitter ce poste pour commencer en créant en 2007 un petit site perso (www.mon-panier-bio.com) qui propose de mettre en relation les distributeurs de paniers de fruits et légumes/fermiers. « Je commence alors à chercher un modèle économique qui pourrait me permettre de vivre  de mes compétences dans un univers qui se rapproche de mes aspirations éthiques. » : Les dés sont jetés.

Grâce au succès du « panier bio », Nicolas monte un second projet (www.shopecolo.fr) qui a pour vocation de rassembler sur un seul site les offres de produits bio écologiques et équitables de différentes boutiques en ligne. Enfin l’an dernier il crée son agence de création KDtic « Un nom choisi autour d’un petit jeu de mot entre l’éthique que je me fixe pour ne pas duper mes clients (ce qui est fréquent dans ce domaine) et l’univers des Technologies de l’Information et de la Communication (les TIC) qui est le mien. »

 

 

Nicolas est intarissable sur la mode éthique : « Quand Jean Marc m’a demandé mon avis sur la mode éthique (comprendre la mode issue du commerce équitable et par extension de l’agriculture biologique) j’ai tout de suite répondu présent. En effet, même pour un homme, la mode à son importance. »

« Je me suis longtemps posé la question de savoir s’il valait mieux acheter un vêtement de marque supposé durer plus longtemps ou renouveler sa garde robe plus souvent avec des fringues bas de gamme… Je n’ai toujours pas de réponse claire… Sûr que mes derniers t-shirt bio acheté dans une grande surface spécialisée dans le sport n’ont pas passés le premier lavage à 30° (j’aurais du prendre du XXXL pour espérer finir avec un M) [Si vous voulez offrir un T-Shirt à Nicolas vous avez maintenant sa taille].. Je me déplace beaucoup en vélo (à Strasbourg les pistes cyclables sont nombreuses !), et pas un jean ne finit la saison sans que l’entrejambe se voit transformée en climatisation naturelle. Agréable en été mais pas très bien vu en RDV client… La qualité d’un vêtement reste vraiment aléatoire d’une collection à une autre même pour des marques sensées fournir une qualité constante. »

Nicolas nous explique comment est né son rapport à la mode et plus particulièrement son approche à la mode éthique : « J’ai eu ma période où j’étais confronté au milieu de la sape de luxe, inaccessible avec mon salaire de débutant… J’y ai pourtant développé un certain goût pour les belles choses… Il y eu ensuite une période plus faste financièrement où j’ai eu accès à des habits de marques avec des coupes originales, « tendance » comme on aime à dire dans la mode ! Je suis donc passé par tous types de budgets et tous types de styles (hormis le costume et le jogging) [ouf !]. Tout cela sans aucune préoccupation pour tout ce qui concerne les conditions de production… C’est un peu plus tard que les questions sur l’éthique me sont apparues, coïncidence ou non, mais peu après la naissance de ma fille (2002)… On ne voit plus le monde du même œil, on se pose plus de questions sur tout ce qu’on va laisser à notre descendance. ». C’est plutôt rassurant de voir que nous nous rejoignons sur le sujet

La difficulté à trouver les « fringues » et l’image peu reluisante (eh oui encore) de la mode éthique est plutôt bien décrite par Nicolas : « Les boutiques de mode éthique en ligne pour les mecs ne courent pas la toile. Même les initiatives à l’attention des femmes, censées être plus accros que nous ont du mal à trouver leur place et surtout à être viable économiquement. Si on dit que la mode éthique ce n’est plus le poncho sud américain, c’est pourtant ce que je continue à voir dans les foires et salon bio écolo auquel je rends occasionnellement. »

Quoi acheter, comment l’acheter, et les chouchous : « Aujourd’hui j’essaye de faire attention à ce que j’achète et me dirige de plus en plus vers des basiques « indémodables ». Je craque de temps en temps pour un polo ou un pull au style un peu décalé mais j’ai globalement limité ma consommation. Un peu plus de sobriété ne nuit pas, y’en a même qui disent que ça rend heureux ! (cf. Pierre Rabhi)

Pour les T-shift  j’aime bien ceux de  (QuatRues) ainsi que ceux de Laspid (j’ai mon indémodable « Green against the machine »). Si on peut trouver moins cher ailleurs, la qualité est au RDV.

Coté chaussures, il semble que les choses avancent un peu plus dans le bon sens. Si quelques grandes marques font des efforts pour utiliser des matières recyclées, d’autres  (Ethletic The NaturalistaBionat…) vont plus loin en prenant en compte l’ensemble des critères que je considère comme obligatoires dans la mode éthique  l’éthique doit absolument associer le coté solidaire envers les producteurs et l’utilisation de matières non polluantes, idéalement issues de l’agriculture bio. »

Une conclusion plutôt réaliste de l’offre aujourd’hui « L’offre progresse, mais reste encore trop marginale. Les grandes marques ou grandes enseignes utilisent la mode éthique pour se racheter une conduite et faire un peu de marketing vert pour une offre des plus limité. Ailleurs, chez les plus petits acteurs, les ultrabasiques sont là, mais je suppose qu’ils manquent de moyens pour pouvoir mettre en avant leurs créations ou créer des boutiques « physiques » qui les rendrait plus visibles…

Donc pour l’instant, j’achète volontiers des vêtements éthiques pour mes besoins basics, mais je n’ai pas encore franchi le pas du systématique ou de l’éthique à tout prix… »

Voici un parcours qui me fait plaisir à conter, car il allie les compétences, le plaisir,  la prise de conscience et l’engagement vers des valeurs éthiques que je partage.

Personne n’est parfait et le tout est de le reconnaître et Nicolas nous le prouve par cet interview vérité, sans faux semblants, sans fausse pudeur et comme j’aime vous transmettre. C’est bien de nous faire par de ses doutes, comme il le fait, simplement. Je connaissais très peu Nicolas, à travers le réseau des éco-informateurs. Je le connais un peu plus aujourd’hui et je suis content de partager cette vue de la mode éthique avec vous car on sent un véritable humain au sens propre du terme. Merci Nicolas.

01

4 commentaires sur “Jeudi de la mode éthique : Nicolas Klein”

  1. Nicolas dit :

    Merci Jean Marc pour cette fidèle retranscription de mes propos ! Content de voir que tu partage mon avis sur les jogging et les costumes 😉

  2. Jean-Marc dit :

    Je t’en prie Nicolas. Le costume ça peut encore passer mais le jogging!!!NON!

  3. Erick dit :

    Merci à Jean-Marc et Nicolas pour ce billet sur la mode éthique pour les hommes. Oeuvrant également sur le secteur de la « Com », je me reconnais assez bien à la fois dans le parcours et dans l’ouverture de Nico à la chose green et éthique. Et mes achats vont à peu près dans le même sens que lui : vêtements basiques.
    J’attends toujours les marques de mode Green abordables pour les mecs qui pourront proposer une démarche avant tout orientée Style et qui offriront le Green et l’écolo comme une cerise sur le gâteau: « Les fringues sont belles, agréables, font envie et, en plus, elles sont responsables », et pas le contraire.
    Par ailleurs, Nico, je crois que nous allons dans les mêmes foires Bio et Ecolo 🙂

  4. Jean-Marc dit :

    Erick,

    Merci de ton avis et de ta réflexion notamment : « Les fringues sont belles, agréables, font envie et, en plus, elles sont responsables », et pas le contraire! Hier j’ai eu une session de travail avec un collectif et c’est exactement la remarque que j’ai faite.

Laisser une réponse