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Isabelle Delannoy engagée pour la planète avec l’économie symbiotique

lundi 28 septembre 2015

 

 

 

Cela faisait longtemps que je n’avais pas pris le temps d’écrire sur « les belles personnes » et aujourd’hui je reprends la plume pour vous présenter « une faiseuse ». Une faiseuse dans mon esprit n’a rien de péjoratif, bien au contraire.

Isabelle Delannoy

 

J’ai été en contact avec elle il y a quelques années, via mon agence de presse MY BEAUTIFUL RP,  car elle avait sélectionné pour sa rubrique dans l’émission de télévision Comment ça va bien, animée par Stéphane Bern, les accessoires de décoration en papier journal recyclé. Je l’ai rencontré ensuite lors d’une soirée, à Paris ou étaient réunis, les « acteurs de demain ».

Depuis je suis régulièrement ses interventions sur l’économie symbiotique et ses engagements pour la planète au sein des réseaux sociaux.

Isabelle est l’une de ces actrices qui agissent aujourd’hui,  pour changer le monde mais aussi pour tirer tout ce qu’il y a de bénéfique aujourd’hui dans les pratiques d’autres acteurs engagés  et pour ça je lui suis reconnaissant car c’est un engagement sans failles et dans la bonne humeur!

J’aime ces acteurs engagés, ces « faiseuses » qui vous donnent la pêche pour faire avancer notre monde dans la bonne direction.

Je la remercie aussi pour le paragraphe qu’elle consacre à Marron Rouge dans l’interview, qu’elle a bien voulu m’accorder : j’en suis fier et honoré.

 Isabelle :  continue à nous transmettre cette belle énergie

Isabelle_delannoy

 

 

 

En premier lieu pourrais-tu nous faire une brève description de ton parcours ?

Bonjour Jean Marc, et merci de cette interview. Je suis engagée dans les questions écologiques et du développement durable depuis près de 25 ans maintenant. C’est en m’intéressant adolescente, aux grands problèmes de mon époque que je me suis rendu compte que la question écologique était le grand enjeu qui émergeait et dont dépendaient de nombreux autres enjeux, sociaux, économiques politiques. Je me suis donc tournée vers des études d’ingénieur agronome. J’ai ensuite travaillé pour les agriculteurs biologiques en portant leurs positions au niveau français et européen dans les questions réglementaires. Puis j’ai fait une pause pendant trois ans où je suis devenue professeur de sciences de la vie et de la Terre en collège et lycée, une de mes expériences professionnelles dont je garde le meilleur souvenir. Je me suis ensuite consacrée pendant une dizaine d’année à communiquer sur les enjeux écologiques à travers l’édition, les blogs, la télévision le cinéma. J’ai eu la chance de rejoindre les équipes de Yann Arthus Bertrand

YANN-ARTHUS-BERTRAND

et suis devenue la « madame Développement Durable » de l’équipe pendant 4 ans. J’ai continué mon travail avec lui ensuite en même temps que je poursuivais mon propre chemin. Le point d’orgue de cette époque a été l’écriture de son film Home en 2008. Ensuite, je me suis consacrée aux solutions qui émergeaient dans le monde. J’ai alors progressivement quitté les médias pour l’entrepreneuriat, l’ingénierie et la recherche et j’ai passé ces sept dernières années à analyser et travailler avec le monde qui émergeait. De cette analyse a émergé une théorie « intégrative » qui propose une synthèse de ces nouvelles logiques de production et d’organisation économiques, le modèle de l’économie symbiotique. Aujourd’hui j’accompagne les entreprises et les territoires à mettre en œuvre cette nouvelle économie et un mouvement d’acteur du changements est en train de se structurer autour de l’économie symbiotique : nous réunissons nos compétences pour diffuser cette nouvelle logique, former à cette nouvelle logique et la développer en accompagnant ensemble les acteurs qui s’y intéressent.

 

 

Je te connais à travers les réseaux sociaux, mais pas que : Co-scénariste, Animatrice de télévision, Auteur, Journaliste et Écrivain (et j’en oublie certainement)… Comment t’y retrouves-tu dans toutes ces passions, et comment arrives-tu à nous faire partager cette nécessité  qu’est l’écologie avec un grand E ?

Je le fais avec mes tripes et ma tête. Je ne comprends que ce que j’applique ou manipule. J’ai besoin de sensations pour comprendre intellectuellement les choses. Les images de Yann Arthus-Bertrand ont été pour moi par exemple de grandes plongées dans ce qu’est notre Terre aujourd’hui. Que ce soit pour la Terre vue du Ciel ou quand j’ai écrit Home, j’avais à disposition toutes les photos et les rushs qui n’étaient pas toujours sélectionnés. Comme ce sont des images toujours prises d’en haut, c’était une merveilleuse base documentaire qui me donnait à voir les structures de notre monde actuel.

LA TERRE VUE DU CIEL

Pour écrire dessus, je m’alimentais auprès d’un tas de sources : les grands rapports de l’Onu par exemple, les études scientifiques mais aussi les journaux locaux, les récits de voyage actuels ou anciens, les analyses historiques religieuses, les blogs personnels… Alors avec toutes ces sources, naît une compréhension globale des liens entre les causes et les évènements qui permet de conceptualiser et de vulgariser. Quand on ne conceptualise pas bien, on ne peut pas vulgariser, j’en suis convaincue. Ou ce qu’on produit, c’est de la soupe. Et pour conceptualiser, j’ai besoin de mon ressenti physique. C’est la même chose pour le quotidien. Avec mon mari, on s’est demandé ce que serait une vie où notre empreinte serait réduite à un, c’est-à-dire, un mode de vie qui n’irait pas au-delà des ressources disponibles, même en étant partagé par l’ensemble de l’humanité (aujourd’hui le mode de vie européen ne peut être supporté que pour une humanité réduite à deux milliards de personnes et le mode de vie américain par 1 à 1,5 milliards de personnes, c’est-à-dire 6 fois moins que la population mondiale). On voulait savoir si un mode de vie écologique était un retour à la bougie ou non. Et c’est là que j’ai découvert toute la richesse créative qu’apportait cette nouvelle gestion de nos besoins. Or la gestion de nos besoins, c’est l’économie. Cette recherche au quotidien couplée avec ma recherche professionnelle sur les nouvelles logiques économiques et productives porteuse de solutions a donné finalement la théorisation de cette nouvelle économie, que j’appelle l’économie symbiotique. Quand je la partage avec le public dans des conférences, j’essaie ainsi de partager autant le ressenti avec des images concrètes d’exemples de cette nouvelle économie que les concepts logiques qui la sous-tendent.

 

Tu as eu la chance de travailler avec Yann Arthus Bertrand sur un livre fait sur un tour du monde et qui a fait le tour du monde, La Terre Vue du Ciel. Je me souviens d’une exposition sur les grilles des Jardins du Luxembourg avec des photos très grand format, j’en garde un souvenir ému. Quel a été ton rôle dans l’élaboration de ce livre , et quels souvenirs en gardes tu ?

Je n’ai pas participé à l’élaboration du livre de la Terre vue du Ciel ni de l’expo. Je l’ai rejoint bien après. J’ai découvert l’expo comme toi et comme n’importe qui. J’ai eu un choc devant cette expo. Comme le dit Yann » Un choc de beauté ». L’alliance de l’image qui te perd dans son échelle, ses motifs, ses couleurs et d’un texte qui l’explique et amène des informations, souvent dérangeantes, a été un déclic pour moi. Je me suis dit « il a compris ». Cette alliance permettait de toucher tous les publics, et surtout ceux qu’on n’arrivait pas à informer en tant qu’écologiste. Quand trois ans plus tard, j’ai appris qu’il cherchait quelqu’un pour ses textes, j’ai foncé.

 

Tu avais aussi une rubrique dans l’émission de Stéphane Bern  Comment ça va bien. : Une anecdote rigolote sur cette série d’émissions ?

Je partageais mes pratiques de fille dans cette émission, j’essayais de témoigner et de transmettre ce qu’était un art de vivre écologique tel que moi je le vivais. C’était aussi un autre moyen de toucher et d’informer le grand public. C’était drôle d’amener Stéphane Bern à nettoyer des toilettes, des lavabos, des parois de douche avec du citron, un chiffon microfibre, ou du vinaigre blanc et des huiles essentielles. Il est très bon public à ce niveau. Cela l’amusait vraiment. Je me souviens aussi d’une émission avec Christian Louboutin qui, pendant ma chronique, nous a donné une de ses astuces : recycler les peaux mortes des pieds et les coupures d’ongle dans les jardinières pour nourrir la terre ! Je n’en revenais pas, je croyais même qu’il se moquait, mais pas du tout !!!

 

 

Tout récemment je te lis autours d’un sujet qui s’appelle l’économie symbiotique ! Mais qu’est-ce qui se cache derrière ce nom « barbare » ? Symbiotique est un terme issu des sciences écologiques, qui s’applique quand deux organismes très différents se couplent et trouvent dans leurs différences leur complémentarité. La croissance de l’un entraine alors la croissance de l’autre. La nouvelle économie est une économie de type symbiotique : elle met non seulement en collaboration des acteurs économiques très différents mais aussi et surtout l’humanité avec le reste du vivant. Dans cette économie, le vivant fait croitre les activités humaines et l’humanité fait croitre le vivant.

 

L’économie symbiotique c’est quoi ?

C’est la réunion des nouvelles logiques économiques et productives qui ont émergé ces 40 à 50 dernières années et qui ensemble répondent à tous les enjeux, écologiques, économiques et sociaux : c’est la réunion de l’économie circulaire,

 

 

de l’économie du pair à pair, de l’économie reconnectée au vivant comme la permaculture, l’agro-écologie, l’ingénierie écologique et de l’économie sociale et solidaire.

Je montre que toutes ces économies qui paraissent si diverses fonctionnent en fait de la même façon : ce sont des économies qui reposent sur la collaboration, l’intelligence collective et l’intelligence du vivant. Quand elles sont réunies, les solutions que n’ont pas trouvées les unes se complètent avec les solutions qu’apportent les autres. Par exemple l’économie circulaire seule diminue nos impacts mais ne restaure pas les écosystèmes. L’économie du pair à pair seule, permet d’apporter du bien-être économique et social mais peut conduire à l’ubérisation de la société, c’est-à-dire la précarisation et une nouvelle loi de la jungle car la richesse n’est pas redistribuée. Or l’économie sociale et solidaire a des réponses à ce niveau. Mais l’économie sociale et solidaire seule, tend vite à reprendre une structure pyramidale et perd son essence. Ce que lui évite l’économie du pair à pair quand elle s’y associe.

Quand on dégage les structures de fonctionnement communes on s’aperçoit qu’ensemble, elles mettent en place une économie radicalement innovante : à la fois hyper productive et qui restaure les liens sociaux et les écosystèmes PARCE QU’elle produit. C’est une révolution. Car on pense que l’activité humaine a forcément un impact négatif et qu’il faut composer avec cet impact. Or ce que montre l’unité de ces nouvelles logiques, c’est que nous sommes capables au contraire d’allier notre intelligence à celle du vivant et d’avoir un effet restaurateur du vivant et du bien-être individuel et social. En fait, c’est une économie de la beauté. Nous ne sommes pas habitués à associer beauté et efficacité et pourtant c’est bien ce qui émerge de ces nouvelles logiques. Ce que tu fais avec Marron Rouge en est un parfait exemple :ton activité permet de transformer ce qui est normalement un rebut en de la beauté. De plus, ce faisant, tu crées de l’emploi. Si tu ajoutes à cela le fait que ta matière première peut provenir d’une agriculture conduite en permaculture ou d’une production naturellement écologique comme le lin, alors la production de ton objet aura elle-même contribué régénérer la biodiversité et à améliorer la qualité des paysages. C’est-à-dire que parce que toi Jean-Marc, tu crées ton entreprise autour de ces logiques, tu amènes davantage au monde et à la planète que tu ne prends. La société comme le vivant ressortent enrichis de ton passage. (J’en suis tout rouge de confusion)

 

Et pour moi, la vraie grande nouvelle c’est que tout est inventé, nous avons les solutions, c’est bon, il n’y a plus qu’à se réunir ! Nous sommes prêts !

 

Depuis combien de temps travailles tu sur le sujet ?

7 ans

Pourquoi cet intérêt pour l’économie symbiotique ? Parce que si on ne change pas d’économie on va dans le mur, climatique, écologique, social, économique, politique. On va vers l’effondrement de nos civilisations avec toutes les barbaries que cela enclenchera.

Qui fait de l’économie symbiotique en France, et à l’étranger ?

A la fois personne et des millions de personnes. Il est très rare de trouver des endroits où toutes ces logiques sont réunies et pour toutes les activités. Les lieux les plus proches de l’économie symbiotique sont aujourd’hui la permaculture dans l’agriculture (mais la permaculture est une théorie qui s’applique potentiellement à tous les champs économiques et sociétaux) et les villes en transition.

 

Ou peut-on trouver des infos et événements qui nous en disent un peu plus sur l’économie symbiotique ?

Sur la page FB de l’économie symbiotique où nous partageons les expériences que nous trouvons dans le monde qui sont dans la logique de l’économie symbiotique, le site economie-symbiotique.fr qui est aussi celui de mon agence mais que nous allons faire évoluer pour en faire le site de notre association.

 

LOGO-ECONOMIE-SYMBIOTIQUE

 

ECONOMIE-SYMBIOTIQUE-SITE

Y-a-t-il des écrits sur l’économie symbiotique , Peux-tu nous dresser une bibliographie ?

Pas encore,  mon livre sera publié en mai 2016 aux éditions Actes Sud. Et dans l’attente on peut trouver pas mal de mes conférences sur le net.

Autre chose à ajouter ?

Merci !

 

Autres portraits coups de coeur : Albert de Pétigny, Stéphanie Jarroux, Frédéric Bianchi, Nathalie Locquen, Alice Audoin, François Wattelier, Alexis Kryceve, Anne-Sophie Novel, Claude et Philippe CharbuilletFabien Nicolardot , Audrey Etner , Shabnam Anvar,  Catherine Dauriac, Morgan Martinez, Sébastien Ravut