Archive pour octobre 2014

Shabnam Anvar : il y a (beaucoup) plus de solutions que de problèmes

mardi 21 octobre 2014

J’ai rencontré Shabnam Anvar , la première fois sur Maison et Objet. Elle était venue me voir sur mon stand pour me faire partager sa passion du recyclage, de l’être humain et des solutions de demain qui sont déjà entre nos mains aujourd’hui.

Nous nous suivions mutuellement sur nos réseaux communs et puis elle m’a parrainée sur une réunion à Paris pour rencontrer des acteurs du changement de monde de Demain. Cette soirée a eu lieu le 11 Juin 2013 et j’ai même rencontré d’autres personnalités qui avaient mon « admiration »

Christophe Chenebault, Anne Ghesquières, Cyril Dion, Isabelle Delannoy, … je ne pourrais tous les citer.

Nous sommes régulièrement en contact avec Shabnam et nos situations géographiques respectives font que nous nous voyons peu mais je ne perds pas espoir de mettre en place des événements avec Shabnam dans un avenir proche.

Vous aurez compris que Shabnam a mon respect et mon admiration pour ses engagements sans failles. Le monde de demain, elle le vit et le construit aujourd’hui.  « Une tisseuse de fils d’or » est vraiment un qualificatif qui lui va. Je l’ai toujours vu souriante, avec un regard plein de sollicitude sur les gens qu’elle croise et c’est une qualité rare aujourd’hui. Elle a accepté que je l’interroge afin que je partage avec vous.

 

shabnam anvar de Stefano Borghi.jpgPortrait de Shabnam Anvar par Stefano Borghi

 

Lisez vous serez conquis comme moi :

 

 Pourrais-tu nous faire une description de ton parcours?

 D’origine française et iranienne, je suis de cultures américaine et française. Je me suis imprégnée de l’environnementalisme aux Etats-Unis au début des années 80. J’ai fait des études de droit des affaires et de l’environnement pour acquérir le langage et les outils du monde des affaires tout en faisant mes stages chez PlaNet Finance, Alter Eco, et les Inrocks… Je suis rentrée dans une grande multinationale dès que j’ai pu pensant pouvoir changer les choses de l’intérieur. A 23 ans, c’était une utopie, mais très formateur.

 

J’ai rapidement changé de direction pour me rendre utile lorsque j’ai rencontré en 2002 deux agriculteurs qui m’expliquaient ne pas pouvoir échanger des semences. Spécialisée en libre circulation des marchandises, leur affirmation me paraissait incohérente. Mais en creusant le sujet, j’ai décortiqué un système qui ressemble à celui de la mise sur le marché des médicaments appliqué au vivant. Mon doctorat est en en libre accès pour aider tous ceux qui travaillent sur ce sujet.

 Depuis j’ai été directrice de deux organisations et aujourd’hui je travaille à mon compte avec mes différentes casquettes (spécialiste de la réglementation des semences, facilitatrice en intelligence collective, et passionnée des questions de gaspillage).

 

Je te connais car nous avons une passion commune qui est le recyclage, l’upcycling, l’économie circulaire. Pourrais-je te demander pourquoi cette passion et quelle en a été la genèse?

 Deux dictons m’accompagnent depuis longtemps :

  • Waste is only waste if you waste it : Un déchet n’est du gaspillage que si tu le gaspilles
  • Waste not want not : si tu ne gaspilles pas, tu ne seras pas dans le besoin

 Ayant grandi dans de très grandes villes (New York, Bangkok et Paris), entre un monde de nantis et un monde de besoins de subsistance, je suis très sensible aux disparités et au gaspillage des ressources. Depuis très très jeune, je limite ma consommation de ressources, je réutilise et je transforme. Je suis une boîte à idées ambulante pour trouver des alternatives au gaspillage. Sorte de don que j’ai développé au cours des années et qui m’anime.

Depuis 2007, j’ai commencé à partager toutes les idées positives et astuces pour réduire le gaspillage, principalement pour m’aider à classer la profusion d’idées et les partager avec ma sœur qui habite de l’autre côté de l’Atlantique (Ripe Green Ideas). De là, j’ai continué à créer des blogs dédiés à des thématiques plus spécifiques, en lien avec le gaspillage, et qui me tenaient à cœur :

 Aujourd’hui, j’allie ma passion à ma vie professionnelle. J’accompagne les organisations et initiatives que se focalisent sur la réduction des gaspillages : gaspillage de ressources, de déchets, mais aussi de temps et de potentiels humains, afin de réintégrer du sens et du respect dans notre relation à ces quatre éléments. J’ai recours notamment aux méthodes d’intelligence collective de groupes multipartites pour que ces groupes, eux-mêmes, identifient leurs problématiques ensemble, et co-créent les solutions pour y répondre, en prenant conscience individuellement et collectivement à travers ce parcours, de leurs responsabilités et de leur capacité à agir.

 

Dans les acteurs d’aujourd’hui de l’économie circulaire quels sont les projets que tu voudrais mettre en avant?

 Je vais aller à contre-courant de notre milieu qui prône l’économie circulaire dans toutes les conférences comme LA solution. L’économie circulaire est une belle idée et pratique : mais elle est difficilement accessible. C’est le somment de la montagne. Or, pour emmener le plus grande nombre avec nous, il nous faut d’abord commencer par gravir les pentes, comprendre quelles sont les sources de gaspillage et de déchets qui composent cette montagne.

 Je vous invite donc à vous mettre en jambe en découvrant la démarche Zero Waste (zéro déchet et zéro gaspillage) accessible à tous, abordable, et techniquement plus simple que l’économie circulaire : il y a l’incroyable équipe de Zero Waste France (ex-CNIID) ; Disco Soupe et son énergie infinie mise au service de la lutte contre le gaspillage alimentaire, les Repair Cafés, Commentreparer.com et l’infatigable Damien Ravé, …la liste est longue, et au fur et à mesure que je les rencontre, je les connecte dans un réseau que j’ai appelé Re-Solutions, où Marron Rouge participe depuis les débuts.. !

 

Sebastien Ravut t’a citée dans son interview et a dit à ton propos :  « tisseuse de fils d’or entre les gens ». Moi je suis assez d’accord mais toi tu en penses quoi?

Ça me touche toujours quand Sébastien le dit. C’est un travail invisible que je fais, mais si important à mes yeux. Je tisse car j’aime connecter de belles personnes, projets et initiatives, et ce sans jamais demander quoi que ce soit en retour. C’est ma manière de contribuer à la transition. J’ai une conviction personnelle qui est plus je contribue à tisser le réseau d’acteurs positifs, plus je contribue à tisser un filet invisible et indispensable qui permet de rattraper et d’aider chaque acteur à rebondir lorsqu’il trébuche. Nous trébuchons tous, car ce que nous faisons pour apporter des changements positifs est difficile. Mais c’est bien moins douloureux quand il y a ce filet solidaire qui nous relance pour retrouver notre élan. 

 SHABNAM- MARIE GABRIELLE FAVEPhoto de de Marie-Gabrielle Favé

 

Tu animes un certain nombre de conférences, et plutôt bien (à ce qu’on m’a dit). D‘où te vient ce désir d’animer?

 En toute honnêteté, je n’aime pas parler en public, et préfère travailler de manière très discrète. Mais à un moment, j’ai eu un certain ras-le-bol des conférences des « experts » sur l’estrade parlant à un public de thématiques qui ne laissaient pas la place à l’espoir et aux solutions qui existent. Vu que je suis une enthousiaste par nature et une connecteuse, je profite aujourd’hui des conférences qu’on me demande d’animer pour changer le format et faciliter des sessions où chacun peut être partie prenante. Je cherche aussi à connecter le public à des personnes et projets inspirants qu’il faut soutenir, tout en communiquant une envie contagieuse d’agir.

 SHABNAM ANVAR - UCKA IIOLOPhoto de Ucka llolo

 

 

Comment imagines-tu  ou rêves tu le monde de demain?

 Je rêve qu’il soit dans le respect de notre terre, de l’autre et de soi-même au service d’aventures qui nous font humainement grandir (comme mon couple !).

 

Autres portraits coups de coeur :  Catherine Dauriac, Morgan Martinez, Sébastien Ravut

Catherine Dauriac : la rousse, verte chez Marron Rouge

vendredi 3 octobre 2014

 Qu’on ne me dise pas que Facebook ce n’est que virtuel! Catherine est une « amie Facebook » au départ. Et puis nous avons des passions communes que sont l’écologie et l’être humain. Et puis un jour elle est venue me voir à une journée Presse à Paris., organisée par My Beautiful RP . C’est quand même beaucoup mieux de voir « les gens » et puis on a discuté autrement que sur Facebook où on se partageait des « j’aime »

Et bien justement chez Catherine :

J’aime ses engagements

J’aime ses coups de gueule

J’aime son implication

J’aime sa gentillesse

J’aime sa clairvoyance

J’aime sa façon dont elle se prend pas au sérieux

J’aime ses découvertes en terme de mode design déco

J’aime ses partages

J.aime le regard doux qu’elle pose sur les autres

….

 On se voit régulièrement sur les salons, ou autres événements parisiens  malgré un emploi du temps surchargé. Elle court , elle court mais elle arrive toujours à point nommé. Bref vous avez compris je suis convaincu par cette rousse Verte! J’ai plaisir à discuter et travailler avec elle, car la langue de bois elle ne connaît pas.

Plutôt que lui adresser des compliments, lisez là et vous verrez.

 

 

 

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Bonjour Catherine pourrais tu nous faire une présentation de ton parcours?
On te connaît en tant que journaliste mais quels sont les supports et journaux pour lesquels tu écris? Pourquoi ces choix?

En 2003, quand j’ai tourné la page de la communication mode, il n’était pas question d’arrêter de défendre la création émergente, ses savoir-faire, ses efforts pour préserver une certaine éthique. Ecrire m’a semblé le chemin le plus court pour continuer un combat de terrain devenu dérisoire dans la presse magazine. C’est l’année où j’ai découvert les « blogs », venus des Etats-Unis. Je me suis lancée dans l’aventure dès 2004 avec « Dreamdreamer » un magazine en ligne où je racontais mes rencontres artistiques. La plateforme qui l’hébergeait a explosé en vol… En 2005, j’ai lancé mon blog green Cityzencats, un carnet de bord qui mêle écologie et bonnes pratiques, mode éthique, design et art contemporain. En 2007, j’ai eu le bonheur de rencontrer Anne-Sophie Novel qui venait tout juste d’ouvrir Ecoloinfo.com, un blog engagé et collaboratif pour lequel j’écris toujours. En partenariat avec la librairie Mollat, nous écrivons aussi des dossiers et chroniques sur des livres traitant d’écologie, d’alimentation et beauté bio, de biodiversité et de développement soutenable. Déjà 7 ans !
Et 7 ans également pour Boutique2mode, un mag professionnel édité en format papier et dédié aux multimarques francophones avec des sujets pratiques, des portraits de créateurs, des success-stories d’indépendants et la découverte d’histoires de mode. L’année suivante, j’ai rejoint l’équipe de la Confédération européenne du lin et du chanvre, nos fibres naturelles, locales et lancées dans l’innovation post-pétrole. Et ça fera 7 ans en 2015 . 

Mode, design, écologie, innovations… Mes sujets de prédilection ! Toutes ces aventures cohabitent avec bonheur.

Tu es en fait touche-à-tout à part le journalisme. Tu as des domaines de compétences variés. Peux-tu nous en parler ?

Au départ, pour être archéologue, j’ai étudié le dessin et la photographie, l’histoire de l’art, l’archéologie biblique et les civilisations précolombiennes. Puis, en 88, j’ai monté un bureau de presse mode ! Cherchez l’erreur… J’en retiens de belles rencontres, notamment avec Hortensia de Hutten, auprès de qui j’ai travaillé pendant 7 ans (décidément, le chiffre 7). En 1993, elle a révolutionné le marché en donnant la parole aux très petites maisons de mode, avec son salon Workshop.

Ce qui me porte aujourd’hui, c’est l’écologie et toutes les green-innovations, technologies que nous voyons naître (les moocs qui mettent le savoir à la portée de tous, une certaine prise de conscience de l’industrie textile, guidée – par Greenpeace – vers plus d’« honnêteté », les imprimantes 3D, la biomimicry, les teintures à base de bactéries et sans eau, la fibre de lin en renfort des composites, etc)… Les nouvelles pratiques collaboratives me passionnent, la puissance des réseaux sociaux également. Ma micro agence Cityzencat développe des projets web (social media, contenu éditoriaux, créations de blogs) grâce à un réseau de spécialistes, graphistes, photographes, rédacteurs, community managers.

Il y a un an, j’ai rejoint l’équipe du nouveau salon de mode, déco et beauté écologique, Green Orange Fashion Fair (GOFF). Il a lieu 2 fois par an à Amsterdam. A partir de la session de janvier, le salon entre dans l’économie circulaire. Les exposants ne paient plus leurs stands, en échange de quoi ils offrent un discount aux acheteurs qui, eux, paient un ticket d’entrée. Un vrai challenge. Demain est à portée de main. Nous en sommes les acteurs.

 

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Engagée et militante, tu l’es, c’est indéniable. Pourquoi tous ces engagements écologiques, politiques, humains ?

Mon arrière grand-père alsacien a fait deux guerres « malgré lui ». Ouvrier tanneur, il a construit sa maison avec mon arrière grand-mère, couturière et modiste. Ils cultivaient potager et verger, et une belle roseraie. En 36, ils se sont battus ardemment pour des droits. Un peu plus tard, certains proches on disparu dans les camps. Ma mère féministe a fait le reste… Nous avons un devoir de mémoire. De résistance. Et de solidarité avec les plus pauvres, les plus faibles. Contre les barbaries.

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Le portrait de mes arrières grands-parents avec ma grand-mère et son petit frère en 1914, avant le départ de mon grand-père (en tenue de soldat) sur le front de l’est (l’Alsace était Allemande alors…)
 

 

 

Comment imagines-tu le monde demain et quels acteurs voudrais-tu y voir, (toi y compris)

Le monde de demain est déjà là et ses acteurs bien vivants. Les solutions viennent de la société civile, les initiatives pullulent… En quelques années, tout a changé. Nouvelles monnaies locales, économie symbiotique, crowdfunding, partages tout azimut, engagements citoyens bénévoles, comme Action Froid, une jeune association qui vient en aide aux sans-abris … Il faudra (con)vaincre encore les réticents, les sceptiques. Expliquer encore et encore (l’humour marche très bien pour ça). Laisser passer quelques nuages noirs. Et toujours voir le verre à moitié plein (si l’on ne sait toujours pas qui le remplit, nous avons une idée de qui le vide…).

Tu te reposes quand?

Sur mon île, le plus souvent possible. En ville, essayons la méditation.

Autre chose à ajouter?

« Je m’intéresse à l’avenir, car c’est là que j’ai décidé de passer le reste de mes jours » (Woody Allen)

 

Liens  de Catherine :

Le blog de Catherine  http://cityzencats.blogspot.com

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Twitter : @cityzencat

Veille Scoop.it : http://www.scoop.it/u/Cityzencat

 Blog du lin et du chanvre européens http://europeanlinenandhempcommunity.eu

 

Autre coup de cœur chez Marron Rouge : Sebastien Ravut le citoyen qui ne vous fait pas marcher